Prévention des Risques Psychosociaux pendant le confinement – Interview : Carole Peytavin

Nov 4, 2020

Carole Peytavin dirige une équipe et a vécu le confinementavec ses dixcollaborateurs, en télétravail ouactivité partielle.Experte de l’évaluation et de la prévention des Risques Psychosociaux, nous l’avonsquestionné sur la place que prennent ces enjeux durant le confinement, et au-delàen situation de télétravail.

Retrouvez la totalité de ses réponses dans notre vidéo :

Si dans les 2 ou 3 premières semaines les RPS n’ont pas été un sujet, rapidement les DRH et les CSE se sont mobilisés face à l’urgence de la situation sanitaire avec pour premières questions:
  • Comment continuer la production en protégeant les salariés. C’est un sujetque tout le monde connaît : comment trouver des masques, des équipementsde protection etc.
  • Comment organiser le télétravail tout préservant les salariés, avec le matériel qu’on avait, ou qu’on n’avait pas pour en aucun cas créer de souffrance au travail.

Depuis le confinement et plus particulièrement dans les situations de télétravail

Ce sont les mêmes facteurs de Risques psychosociaux que l’on va retrouver.
L’ensemble des dimensions peuvent être impactées par la situation :
  • L’intensité du travail
  • – Comment continuer à avancer quand les journées ne se résument plus qu’à répondre par mail à des sollicitations externes, sans jamais pouvoir se poser sur des sujets de fond ?

  • La conciliation entre vie professionnelle / vie personnelle
  • – Comment faire quand la rupture ne se fait plus entre lieu de travail, lieu d’école et lieu de vie ?

  • Les conditions de travail :
  • – Quelles sont-elles quand chaque matin on s’installe sur un coin de table de cuisine, assis sur chaise sans dossier ou sur un canapé, avec du matériel informatique inadapté, une connexion défaillante ?
  • Les rapports sociaux avec son manager, avec ses équipes, avec ses clients, entre les salariés productifs et les non-productifs.
  • – Comment se sentir utile? Comment dire les choses à manager à présent ?
  • Les nouvelles exigences émotionnelles :
  • – L’isolement, la rupture du lien social pour certains, la proximité pour d’autres
    – La maladie de ses proches, la peur
    – Les conflits de valeurs du type: Est-ce que j’ai le sentiment de faire un travail de qualité ? Est-ce que j’ai les moyens de bien faire montravail ?
  • Les questions d’autonomie et de latitude décisionnelle
  • – Comment gérer cette autonomie nouvelle et à laquelle nous n’étions pas toujours habitués? Comment prendre seul des décisions quand cela ne nous ressemble pas ?
  • Et puis l’insécurité de l’emploi, l’inquiétude sur l’avenir qui elles sont accrues :
  • – Un certain nombre d’entreprises se questionnent sur leur carnet decommandes. Ou se demandent comment ça va se passer après

    La différence entre télétravail et travail à domicile

    Pour ces personnes qui ont été contraintes de concilier vie privée et travail, il n’est pas juste de parler de télétravail car il s’agit en réalité de travail à domicile. Ce qui n’est pas la même chose!Le télétravail par nature peut être choisi, le travail à domicile est subi. Pour ces dernières personnes, il est compliqué de pouvoir gérer leurs activités, de rentrer dans les quotas dits «de production» et de gérer ce qui se passe autour. Il y a des salariés qui sont en réelle souffrance à l’heure actuelle!

    Une perte de repère pour tous: salariés et managers.

    Beaucoup se sont retrouvés du jour au lendemain à devoir gérer leur propre travail à domicile et celui de leurs équipes, sans référentiel de management à distance, sans avoir forcément non plus tous les outils, ni tous les dossiers à portée de main.Il est donc aussi important de pouvoir revoir les exigences de réalisation d’activités et de télétravail au regard – justement – de la situation de chacun

    Travail à domicile

    Bonnes pratiques et actions prioritaire

    Nous pouvons nous accorder sur l’importance pour les salariés de retrouver ou de garder des repères. Beaucoup d’entreprises ont ici joué le jeu :

    • Maintien des réunions d’équipe, une fois par semaine,
    • Continuité des groupes de travail en petit comité, une fois par semaine,
    • Conduite d’entretiens en bilatéral avec chacun de ses salariés, au moins une
    • fois par semaine,
    Nous constatons aussi beaucoup de solidarité entre les salariés, de l’esprit d’équipe aussi qui se traduit par de l’entraide, les uns vis-à-vis des autres. Et puis tous ces rituels, tous ces groupes sur Whatsapp par exemple et que sur lesquels on voit les salariés prendre du plaisir à partager des informations de la vie de tous les jours, des images, des anecdotes…
    Sous l’angle des ressources, nous voyons aussi apparaître de superbes initiatives !
    Nombreux sont les salariés qui ont dû imaginer une autre façon de travailler et
    trouver en eux-mêmes des ressources qu’ils ignoraient peut-être : notamment ces formidables capacités d’adaptation à des situations inédites !

    Carole Peytavin intervient en conseil, en management et accompagnements desdémarches de changement, avec pour donnée d’entrée: la Santé et Qualité de Vieau Travail.Depuis 10 ans elle accompagne de nombreuses structures dans leursproblématiques autour de l’évaluation et de la prévention des risquespsychosociaux. Elle est restée pendant le confinement en appui à distance avecplusieurs d’entre eux.

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